Accueil » Infos médicales » La kinésithérapie aujourd’hui dans la maladie de Parkinson

Exposé de Monsieur Eric Chevrier le 9 novembre 2012.

 Avec joie, nous avons accueilli Eric CHEVRIER, kinésithérapeute qui exerce à Grenoble, à mi-temps dans l’enseignement aux élèves kinés et à mi-temps en pratique clinique au CHU de Grenoble.

 Quand on est patient, on a envie d’avoir des réponses. Je vais essayer de vous en apporter. Je vais reprendre les bases de la rééducation, car je me considère surtout comme un rééducateur.

Pourquoi continuer à faire de la rééducation ? Un patient qui cesse d’en faire, c’est un patient qui est mort.

Depuis deux ans, les choses ont changé, même si on ne connaît toujours pas les causes de la maladie. Les signes non moteurs de Parkinson, on les connaît différemment. Dans les principes de la rééducation, on n’en est plus à s’éparpiller dans tous les sens, on s’attache à regarder les signes axiaux (qui touchent à l’axe du corps).

 La maladie de Parkinson est une maladie neurodégénérative, généralement asymétrique, qui touche principalement un seul côté, et de ce côté la maladie évoluera davantage.

 Les premiers symptômes ne sont pas les mêmes pour tous. Cela peut être les difficultés d’écriture, la raideur, le ralentissement (akinésie), un tremblement, la dépression (40 % commencent leur maladie par une dépression) ; d’autres commencent par des chutes. C’est ce qu’on voit, ce sont les troubles moteurs.

 Les autres troubles, on les voit peu, mais le patient les vit. Il est comme dans une cage de verre. Ces troubles non moteurs étaient connus, mais jusqu’à présent peu traités. Les neurologues aujourd’hui savent les déceler et les traiter. Aussi, il ne faut pas hésiter à parler au neurologue, par exemple, des petites pertes de mémoire. Kinésithérapeute, orthophoniste, ergothérapeute, neuropsychologue, sont nécessaires pour améliorer la vie du patient, mais tout autant celle du conjoint. Quand on prend en charge un patient parkinsonien, ce n’est pas un individu qu’on prend en charge, c’est tout l’entourage : conjoint, enfants, fratrie. On sait que ce sera une rééducation longue, qui va se poursuivre dans la durée.

 La rééducation va permettre de reculer la grabatisation, et même de l’éviter.

La rééducation doit être absolument individualisée. C’est le message le plus difficile à faire passer à vos thérapeutes. Il ne faut pas des kinés spécialisés en Parkinson, mais qui vont prendre le temps avec un parkinsonien, au détriment d’autres patients dont la rééducation est plus standard.

Cette rééducation doit s’inscrire dans la connaissance de la maladie. A chaque étape de la maladie, il faut changer la rééducation. C’est important que ces notions soient martelées.

 Qu’est-ce qui gêne dans cette maladie ? la raideur, la lenteur. Habituellement on est aussi confronté aux troubles de l’équilibre, on redoute, on a peur, donc on ne fait plus. Pourtant, il vaut mieux tomber et bouger que de rester dans  son fauteuil toute la journée. Quand on a appris les gestes utiles, même à 80 ans on peut tomber. Mais c’est encore mieux d’apprendre à tomber avant d’avoir fait une chute.

 Autre principe : il faut faire travailler tout le corps à chaque séance. Il faut travailler l’amplitude des mouvements à des vitesses différentes. C’est le changement de rythme qui va casser la raideur. Bien entendu, il faut tenir compte de la fatigue du parkinsonien, il faut l’entraîner progressivement. Il vaut mieux faire 10 minutes de marche tous les jours que 10 minutes de course une fois de temps en temps.

 Faites des mots croisés, lisez le journal, participez aux associations, écoutez la radio, faites travailler votre cerveau. Le cerveau, c’est comme un muscle, il s’ankylose s’il ne travaille pas.

 Phase initiale de la maladie (5 à 7 ans)

Le rôle du kiné, c’est évaluer et faire de la prévention. Evaluer, çà veut dire connaître le patient. Comment a commencé sa maladie ? Qu’aimait-il faire ? Pour l’évaluation, il faut avoir une large motivation. Il faudrait que tous les thérapeutes utilisent les mêmes évaluations.

Prévention et éducation : on essaie de vous aider à continuer ce que vous faisiez avant, mais en adaptant.

Il faut vous convaincre que vous avez encore plein de choses à faire. Coacher, c’est apprendre au patient à faire lui-même, et tous les jours. Vous aimiez chanter, marcher, danser, aller à la pêche, faire du vélo, du ski, jouer au golf ? Ce n’est pas parce que vous avez Parkinson que vous n’allez plus le faire. Même à 80 ans, on peut faire du ski. Faire du vélo, on a déjà le bienfait de l’aérobie.

Objectifs : corriger les premières déficiences. Faire de la prévention pour la posture, la raideur. Vitesse, coordination, endurance, potentiel respiratoire sont à travailler. Exercices d’assouplissement. Exercices actifs : le geste, le souffle, la voix, les muscles du visage. Le patient est responsabilisé !

Les massages ne servent à rien. Moi aussi, j’en ai fait. Avant, nous n’avions pas conscience que cela vous est même nocif à long terme. Aujourd’hui, on préconise de ne plus faire de massages au parkinsonien. Si vous avez une arthrite, un lumbago, oui il faudra vous en faire, mais de façon ponctuelle. Le kiné qui vous fait une séance de massage, il faut le quitter tout de suite.

La balnéothérapie, pourquoi pas ? mais une fois par semaine, pas plus. Ce n’est pas çà qui va faire votre rééducation. Faire de la Wii ponctuellement, quand vous ne pouvez plus faire du sport autrement.

A cette période-là, c’est vous qui faites votre rééducation. C’est vous qui êtes responsable de ce que vous allez faire de votre Parkinson.  C’est au minimum 30 minutes quotidiennes de marche, au pire 30 minutes 3 fois par semaine. C’est aussi utile que la Dopa, tant que vous n’êtes pas au stade du déambulateur. Pour vous stimuler, tenez un carnet de vos performances. Le vélo, pourquoi pas ?

Plus tard, la voix va sombrer. Donc il vaut mieux s’en occuper avant.

 Deuxième phase : maladie installée

A cause des médicaments, il y a des choses qui changent. Il va falloir refaire l’évaluation. Chacun a son suivi personnel. Le kiné est là pour vous apprendre à faire les choses autrement, mais le fauteuil est toujours autant à éviter. On va chercher comment réduire les symptômes mal contrôlés par le traitement. Ce sont les médicaments qui engendrent les périodes on/off. Il faut aider le patient à s’adapter aux fluctuations de sa maladie. C’est une relation d’amitié qui amène le kiné à écouter son patient.

 A ce stade, des douleurs apparaissent, la marche est trop lente et asymétrique, il y a des difficultés réelles pour réaliser les gestes, qu’on résout avec une canne. On fait appel au conjoint. Mais attention, faire à la place, c’est rendre davantage parkinsonien. Aider de temps en temps, oui, mais faire à la place, non.

 Il faut installer la prévention pour les fonctions respiratoires, les chutes, les troubles de la posture, de l’équilibre (piétinements, coordination).

La baisse de l’autonomie, c’est une altération de la qualité de vie. Réadaptation : il faut accepter de ne plus être comme avant. Pourquoi ne pas accepter qu’à chaque âge on ait sa beauté, sa force ?

A ce stade, on a vraiment besoin de complicité, mais pas avec son conjoint. Ses problèmes personnels, çà ne sert à rien de les coller à son conjoint. Il faut de la complicité avec son kiné. Etre à l’écoute des signes, c’est le rôle du kiné.

La posture commence à faiblir. Les problèmes de chute, d’équilibre vont commencer. Les blocages apparaissent. Il y a aussi les troubles associés : arthrose entre autres. Les douleurs parkinsoniennes sont trompeuses car elles sont semblables aux douleurs arthrosiques. Si les douleurs sont fluctuantes avec le traitement, c’est qu’elles viennent de Parkinson, il faut aller voir le neurologue. Pour bien distinguer, il est conseillé de tenir une fiche avec les médicaments qu’on prend, les fluctuations selon les heures de prise, et l’évaluation de la douleur selon une échelle chiffrée de 0 à 5. On peut avoir les deux sortes de douleurs, dans ce cas il faut les traiter séparément.

Les chutes entraînent une perte de l’autonomie dans les déplacements. Elles peuvent avoir des conséquences lourdes, et des causes variables.

Un grand principe de la rééducation, c’est anticiper, quel que soit l’âge. Avant la première chute, il faudrait apprendre à tomber, apprendre à se relever. Il faut une rééducation à la marche, apprentissage et protection.

 Aménager l’habitat est primordial dans cette maladie. Absolument enlever les tapis. Tant pis pour le beau tapis de la grand’mère. Trouvez quelqu’un à qui le donner.

 Troisième phase : la maladie avancée

On est dans la préservation des fonctions.

Les petits troubles de la déglutition apparaissent. C’est la bête noire du parkinsonien. Si vous avalez vos médicaments avec de l’eau plate, ils risquent de se coincer où il ne faut pas. Achetez du Coca, du Perrier, de la Badoit, çà pétille et le médicament passe mieux. Cà réveille aussi les neurones.

 Troubles de la parole, de la respiration. Tout est imbriqué à chaque phase de la maladie. Il faut une prise en charge pluridisciplinaire.

 Le kiné doit se dire : et si j’étais à sa place ? Il faut faire une rééducation agréable, adaptée, mais ludique. Le patient doit avoir du plaisir, de la motivation, pour venir à sa séance de kiné. Aller chez le kiné, il faut que çà devienne un plaisir. A ce stade aussi, il faut partir de ce vous aimiez le plus faire, ce qui vous motivait le plus, ce qui vous détendait le plus. Si votre kiné ne vous questionne pas, comment pourra-t-il savoir de quoi vous avez besoin ?

 Réinscrire le travail de kinésithérapie dans les gestes de la vie naturelle. Des exemples : dessinateur mural, gestes de la pêche au lancer, de la cueillette des champignons, etc… Pousser un kleenex avec le pied, c’est comme jouer au ballon. Ce n’est pas marcher, mais çà déclenche la marche. Le parkinsonien peut courir, parce que la course n’est pas, dans le cerveau, un programme de marche.

Les signes axiaux

 Les troubles dits axiaux de la maladie de Parkinson correspondent aux signes moteurs touchant l’axe du corps (posture, marche, équilibre).

 La diminution de la rigidité a un effet positif sur l’équilibre et la motricité. Les études réalisées depuis 2010 l’ont prouvé.

Que peut faire la kinésithérapie ? recherche de la souplesse axiale,  étirement axial actif, assouplissement dorsal, renforcement musculaire de type aérobie contre résistance. Un entraînement quotidien de musculation, par exemple pousser comme si on avait devant soi quelque chose de lourd, amène à marcher plus facilement.

La festination, c’est courir alors qu’on n’arrive pas à marcher. C’est courir après votre centre de gravité. C’est un cycle de marche commencé mais pas terminé. Elle apparaît au cours de la marche. Elle ne doit pas être confondue avec le freezing, piétinement sur place, qui apparaît plus souvent à l’initiation de la marche ou au changement de direction.

Quelque chose qui marche très bien avec le parkinsonien et qu’on n’utilise pas : le faire travailler les yeux fermés. Dans ce cas, le parkinsonien n’a plus une foule d’informations visuelles à gérer toutes à la fois. La rééducation peut utiliser des mouvements de grande amplitude : faire de grands pas en gardant les yeux fermés.

Contre la tendance à partir à l’arrière, essayer de placer une talonnette dans la chaussure. Pour les femmes, utiliser des chaussures avec un talon modéré.

 Les chutes : c’est le point noir de demain qu’on doit préparer, ou malheureusement déjà celui d’aujourd’hui. Le kiné peut vous apprendre, sous surveillance, à vous relever du sol avec une chaise, avec une canne, avec un caddie, puis avec rien.

Question : « Que faut-il penser de la pompe à apomorphine ? »

Réponse : Elle est aussi efficace que la LDopa ou la chirurgie. Le résultat est optimal, mais il faut accepter les contraintes qui sont énormes. Elle n’entraîne d’effets indésirables graves que chez 2 % du nombre total de porteurs de pompe. Si on arrive à bien la régler, c’est le meilleur traitement parce qu’elle donne la Dopa en flux constant. On ne peut pas la mettre dans le cerveau, c’est pourquoi on la met sous la peau. C’est un très bon traitement, mais c’est lourd. C’est le meilleur moyen de soigner le Parkinson aujourd’hui.

 Question : « Peut-on apprendre à tomber ? »

Réponse : Oui. Il suffit que le kiné aille passer une heure dans un club de judo. Un patient qui avait fait du judo toute sa vie m’a dit : « Je peux tomber, je ne me fais jamais mal parce que je fais comme je faisais au judo ». C’est ce qui m’a donné l’idée d’apprendre à tomber à mes patients.

Pourquoi les parkinsoniens ne monteraient-ils pas un club de judo adapté ?

 En guise de conclusion, parce que je ne veux pas vous retenir jusqu’à vous endormir tous :

Les choses sont en train d’évoluer. Vous pouvez faire passer le message. Petit à petit, il faut que la mentalité des kinés change. D’ailleurs, l’argument : s’occuper des parkinsoniens n’est pas rentable ,n’est plus valable, les tarifs ont augmenté. Je dis à mes élèves kinés : « Il faut être amoureux de vos patients ».

 Ecouter, parler et entendre, innover et inventer, s’adapter, se motiver et motiver, faire de la kinésithérapie, serait-ce si compliqué ?

3 thoughts on “La kinésithérapie aujourd’hui dans la maladie de Parkinson

  1. gineux jean dit :

    je suis Parkinsonien je cherche un kine specialise dans cette maladie

    j habite dansle loir et cher Merci d’avance

  2.  » Il faut être amoureux de vos patients ». J’aime cette phrase qui me rassure et qui me montre qu’il y a encore des médecins qui ne sont pas motivés uniquement par les sous. Les parkinsoniens eux aussi ont besoin de spécialiste en kinésithérapie. C’est un besoin et une nécessité qui fait ses preuves sur leur maladie.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *