Accueil » Infos médicales » Cure de nicotine contre la maladie de Parkinson

 Extraits d’une interwiew réalisée par Isabelle Castera pour le journal Sud-Ouest du 10 novembre 2013

nicotinotherapie Isabelle Castillon vit à Bayonne. Atteinte depuis 1987, elle participe au protocole unique de nicotinothérapie en France.  

        cerveau parkinson     Quatre ans de patience : Parkinson est une maladie neurodégénérative, Isabelle sait qu’il faudra accepter la dégringolade. Elle se rebelle. « Un jour, en 2000, je découvre un reportage sur CNN. Il est question de nicotine dans le traitement de Parkinson. Je note le nom du médecin : Gabriel Villafane, de l’hôpital Henri-Mondor à Créteil (94). Je vais batailler des mois pour obtenir un rendez-vous. La débrouille et le bouche-à-oreille. Je débarque à Mondor avec mon dossier médical, mais il me faudra encore quatre ans de patience avant d’obtenir mes premiers patchs de nicotine pure ». Dat-Scan, un scanner qui date les courts-circuits du cerveau générés par la maladie, examens du cœur, tension, sang. Le corps et le cerveau d’Isabelle sont passés au crible. En 2009, elle obtient enfin la première série de patchs.

      neurone       « Il faut le positionner en bas de la colonne, dans le dos. La nicotine diffuse alors jusqu’au cerveau », précise la patiente. Les effets positifs du traitement se font sentir au bout de quelques semaines. La maladie ne disparaît pas, mais les symptômes régressent. Isabelle demeure bien entendu sous L-dopa,. « J’ai recommencé à marcher, je ne tremble plus, la dyskinésie a pratiquement disparu, je suis plus active, le moral revient. Je vois des gens, je sors et, surtout, je me moque éperdument du regard des autres. La joie de vivre à nouveau… Aujourd’hui, je m’occupe de mes petits-enfants, je chante. Sans la nicotine pure, je serais à ce jour en fauteuil roulant. J’ai diminué de moitié la dose de mes médicaments. Ce fut un parcours du combattant, et aujourd’hui encore, je me heurte à l’incrédulité de mes médecins, des neurologues, des pharmaciens. Je suis considérée comme une malade récalcitrante. »

           verveau2        Thérapie ostracisante – Les médecins l’accusent de s’adonner à une thérapie ostracisante  parce que les patchs ne sont pas remboursés par la Sécurité Sociale. « Que font les autres, ceux qui ne peuvent pas payer ? », entend-elle. En effet, deux boîtes de patchs par mois reviennent à 80 €. (1) Pas à la portée de toutes les bourses…

   cerveau          D’un autre côté, les malades de Parkinson cherchent des solutions pour aller mieux, ils veulent tout tenter, ils s’intéressent aux travaux de recherche. Certes, tous les patients ne peuvent pas être traités, parce que le traitement répond à des critères exigeants. Il n’est pas sans risque s’il est prescrit n’importe comment. Il faut savamment doser le taux de nicotine. Les patients suivis à l’hôpital Mondor de Créteil sont en train de se fédérer pour monter un collectif pro-nicotinothérapie. Et inciter le réveil des pouvoirs publics pour qu’enfin ils cautionnent le médicament.                       

             Interwiew de Gabriel Villafane, neurologue à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil – C’est lui qui a mis au jour ce traitement alternatif de la maladie de Parkinson. Neurologue au sein de cet hôpital, en 1999, avec son chef de service, le Professeur Pierre Cesaro, il a déposé une demande de brevet sous cette appellation : «  Utilisation de la nicotine à l’état pur comme médicament pour les maladies neurodégénératives, notamment la maladie de Parkinson…»

enveloppe question Comment avez-vous pensé à utiliser la nicotine pure ?

Gabriel  Villafane : « J’ai observé des malades, notamment psychiatriques, placés sous neuroleptiques, qui devenaient accros à la cigarette. Alors qu’ils étaient atones, lorsqu’ils fumaient ils retrouvaient une énergie, le temps de la cigarette. J’ai fait le lien : la nicotine. Nous avons déposé un brevet en 1999, au nom de l’Assistance Publique. Il est protégé durant 20 ans. En 2009, la validité scientifique du brevet a été validée ».

questions.6 Combien de patients avez-vous suivis avec ce traitement ?

«  A ce jour, plus de 1 000 personnes. Le plus ancien est sous nicotine pure transdermale (NEP) depuis douze ans. Il va bien. Le premier protocole a permis à six patients de tenter cette aventure. En 2004, face à une arrivée massive de demandes de patients, nous avons été débordés. Il a fallu créer un second protocole, intitulé « protocole compassionnel ». Nous assurons le diagnostic, les examens, la prescription, mais les patients doivent payer la NEP, pas remboursée.»

questions.3Pourquoi cette thérapie alternative, alors qu’elle semble porter ses fruits, tarde-t-elle à trouver plus d’écho ?

«  D’abord, elle n’est pas politiquement correcte. Le message autour de la nicotine est complexe. D’un côté, on connaît les dégâts du tabac, de l’autre, on veut faire entendre que la nicotine peut être un médicament… Il ne s’agit pas de fumer, la cigarette est un danger. La nicotine à l’état pur n’est pas dangereuse. Elle est un neuro-modulateur des neurones du système nerveux central. Un neurotransmetteur qui intervient au niveau de la synapse neuronale, des récepteurs de la dopamine dans le cas de Parkinson. Les observations cliniques et d’imagerie (DAT-Scan) montrent un ralentissement de la maladie. Alors, pourquoi ce blocage ?

médicament « Aujourd’hui, on soigne Parkinson avec des traitements chimiques et chirurgicaux. En dehors de la NEP, aucun traitement n’agit aussi bien sur l’évolution de la maladie. A ce jour, nous n’arrivons pas à obtenir une autorisation de mise sur le marché (AMM) des patchs nicotiniques, qui sont conçus pour un usage transitoire et seulement à vocation de sevrage tabagique. Du coup, les parkinsoniens que nous traitons sont quasi clandestins… Aux Etats-Unis, en Allemagne, les publications sur les vertus de la nicotine dans le traitement de Parkinson affluent. Ils vont nous doubler et déposer des brevets de patchs nicotiniques pour Parkinson avant nous.

 « Trop de lenteurs administratives, de peurs. »

 (1)   A ce jour, les patchs de nicotine sont remboursés à hauteur de 50 € par an.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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